Switch

 

 On ne change pas une équipe qui fait match nul 

Le Switch - La carteSwitch, dans mon parcours gastronomique, c'était un peu l'acte manqué récurrent. Découvert en 2008 dans l'excellente rubrique resto du défunt magazine Zone 02, le concept initial m'avait immédiatement séduit. L'idée, abandonnée depuis, était alors de proposer 4 produits, 4 accompagnements et 4 sauces, et de laisser au gourmet le soin de choisir la combinaison qui le tentait le plus. Plus d'une fois, je me suis retrouvé à chercher un restaurant à tester, à piétiner, à me rabattre sur une valeur sûre, pour ensuite me dire, à peine commandé "mais pourquoi n'ai-je pas été tester le Switch ?". C'est donc plein de curiosité et avec un certain enthousiasme que j'ai réussi à m'en souvenir lorsqu'un couple d'amis nous a proposé d'aller dîner. Et encore, ce souvenir soudain était moins du à un regain de vivacité intellectuelle qu'à la présence du dit Switch dans les pages d'un RestoPass fraîchement acquis. Parfait, ce sera l'occasion d'enfin étrenner celui-ci. (N.B.: le Switch ne fait entretemps plus partie de la sélection). Un rapide tour sur le site web nous renseigne sur d'alléchants menus 3 ou 4 services, proposés respectivement à 35 EUR et 42 EUR. Ok, rendez-vous pris !

Switch - L'intérieurLe Switch est situé à côté de la place Sainte-Catherine, synonyme de stationnement difficile. Si possible, préférez le métro tout proche, ou optez directement pour le parking De Brouckère. L'intérieur (du Switch, pas du parking) est sobre, bien que doucement vieillissant: contrastes de blancs et de noirs épurés, ça devait probablement être très hype en 2008, aujourd'hui c'est limite réchauffé. L'accueil est poli et chaleureux. On nous installe, on nous donne les cartes et on s'enquiert d'une éventuelle envie apéritive: so far so good. Surprise à la lecture de la carte:  "Les menus ne sont pas cumulables avec des formules de réduction de prix". Réduction de prix ? On sent le piège arriver. Il se referme lorsque le patron nous confirme que c'est menu ou RestoPass, mais pas les deux à la fois. Déplaisant, surtout lorsque le site du RestoPass mentionne spécifiquement que la formule est valable sur toute l'offre de nourriture, à la carte ou au menu. Ok, tant pis, on inaugurera le Pass une autre fois, et on fait contre mauvaise fortune bon coeur: ce sera le menu 3 services à 35 EUR. 4 à table, cela permet de panacher et sans nous concerter, nous prenons chacun des entrées et des plats différents. Cool, on va pouvoir picorer !

Au menu, il y aura de la viande et du poisson, et j'opte donc pour un Sancerre Rouge, un Moreux 2008, à 36 EUR (3 fois le prix d'achat). En matière de vins, j'ai encore beaucoup à apprendre, et je me fie donc souvent à mon instinct: je sais que les vins de Sancerre s'accordent généralement bien avec les fruits de mers et poissons, et le choix du rouge devrait être raccord avec la viande. C'est un raisonnement un poil hasardeux, mais #yolooo, on verra bien.

Le service, sans être excessivement long, nous semble un peu laborieux: le patron intervient régulièrement, et de manière pas toujours cohérente. Ce qui pourrait constituer une marque d'attention donne en fait l'impression d'être face à une mécanique un peu grippée. Nouveaux serveurs ? Manque de confiance ? On ne le saura pas, et c'est au fond pas très grave, puisque tout ce petit monde se montre aimable et attentif.

Switch - Ceviche de cabillaud, coriandre et crevettes grises. Switch - Tartare de thon, pomme granny smith et grenade, salade de radis noir, croustillant de graines de sésame. Switch - Foie gras de canard en deux façons: Crème brulée et escalope poêlée, cerises du Nord, pain d'épices, sauce de veau au sirop de Liège.

C'est le moment des entrées: pour ma part, un Ceviche de cabillaud, coriandre et crevettes grises. Le Ceviche (à prononcer "Cévitché") est un nom générique qui, en Amérique latine, désigne plusieurs plats de marinades de fruits de mers, consommées froides.  La préparation qui m'est servie est en réalité beaucoup  plus proche d'un tartare, de poisson qui plus est:  appellation un chouïa trompeuse donc.  C'est la première fois que je mange du cabillaud de cette façon: comme beaucoup de poissons cru, ce n'est pas très goûtu, sans être totalement insipide. Quoiqu'il en soit, les crevettes sont fraîches et généreusement servies, et la coriandre n'écrase pas trop l'ensemble: on se laisse prendre au jeu et on apprécie. La critique exige parfois des sacrifices, et c'est pourquoi je me mets en devoir - à contrecœur, œuf corse - de goûter également les entrées de mes convives. Parmi celles-ci, une retient particulièrement mon attention :  Crème brûlée de foie gras de canard, escalope de foie gras de canard poêlée aux cerises du nord, pain d'épices, sauce de veau au sirop de Liège. La crème brûlée est juste intéressante, mais l'escalope poêlée est une vraie réussite: le foie poêlé est une préparation assez délicate, qui peut vite s'avérer écœurante. Ici, une bonne cuisson et une association judicieuse avec le pain d'épices simplement toasté en font la meilleure entrée de la table.

Switch - Filet mignon de Pata Negra, sauce de veau à la sauge, brunoise de carottes, mange-tout et fenouil, purée Robuchon.Quelques permutations de serveurs plus tard, les plats principaux arrivent: Filet mignon de Pata Negra, sauce de veau à la sauge, brunoise de carottes, mange-tout et fenouil, purée Robuchon.

Alors déjà, la purée Robuchon, du nom de Joël Robuchon, illustre chef français, ce n'est rien d'autre qu'une très bonne purée de pommes de terre, et dont la recette n'a rien de secret puisqu'elle a déjà été largement publiée par son auteur. Il n'y a donc aucun mérite particulier à la mentionner sur sa carte. Je l'avoue, cette manière de se mettre en valeur par du name-dropping, ça à tendance à me gonfler: c'est pompeux, artificiel, et c'est à l'opposé de la gastronomie telle que je la conçois. Si j'ai envie de manger la purée de Robuchon, et bien ma foi, j'irai manger au restaurant de Joël Robuchon. Ici, que l'on me serve une purée bien exécutée pour accompagner mon filet mignon, c'est tout ce que je demande. Et non, j'ai pas envie qu'on essaie en plus de m'en mettre plein la vue, merci.

J'avais commandé une cuisson rosée pour ma viande: comme je l'ai déjà évoqué ici, j'ai appris a apprécier le porc pas trop cuit. Le patron m'avait rassuré en me précisant que c'est ainsi qu'ils le servaient toujours. Il n'a pas menti, la cuisson est juste bien. Contrairement à une idée répandue, Pata Negra n'est pas une appelation d'origine contrôlée, et ne désigne pas non plus une race de porc bien précise. C'est donc un terme qui ne veut rien dire. En Espagne, il est même interdit de l'utiliser comme dénomination de vente, suite à plusieurs abus visant à tromper le consommateurSwitch -  Pavé de thon juste saisi, vinaigrette de trois agrumes aux herbes fraîches, asperges vertes. et afin de mieux protéger les "vraies" appellations telles que le Bellota. Sommes-nous face à un nouvel artifice de vente ? Peut-être, mais quoiqu'il en soit, c'est un morceau de qualité qui m'est servi. La viande est tendre et goûtue, le fond de veau également, bien que la sauge soit très discrète. La brunoise est correcte, sans plus, de même pour la fameuse purée: on ignore si le Switch voulait se faire un peu de publicité facile grâce à Joël Robuchon, mais si Robuchon voulait se faire de la publicité grâce au Switch... ben c'est loupé.

Le dénouement est proche: Glace au caramel au beurre salé, crumble de speculoos, granité au café. La glace est une petite tuerie, mais elle n'est clairement pas faite maison. Renseignement pris, elle vient en fait de chez Comus & Gasterea, glacier artisanal de la Place Sainte-Catherine.Switch - Glace au caramel au beurre salé, crumble de speculoos, granité au café. Aucune mention sur la carte du Switch, et pourtant, l'adresse mérite d'être connue: les glaces y sont très bonnes, et se déclinent en saveurs aussi surprenantes que fenouil, huile d'olive ou encore poivre. En comparaison, le caramel au beurre salé que l'on nous propose serait presque banal, mais peu importe: le goût est topissime, la texture parfaite, et le tout s'accorde bien avec le crumble de speculoos. Par contre (oserais-je ?), le granité de café dessert le dessert (j'ai osé), puisqu'il apporte un côté aqueux à un mets tout en douceur et onctuosité. Contraste raté donc.

Conclusion de ce repas: on ne peut pas dire qu'on ait mal mangé, ou qu'on ait mal été servi. Il y avait des idées dans le menu, de la maîtrise dans l'assiette, et du dévouement dans le service. Malgré tout, mes convives et moi terminons la soirée sans vrai enthousiasme, avec une impression mitigée:  celle d'avoir été un peu floués. Et si l'addition reste élevée (210 EUR pour 4 couverts), elle n'est pas non plus excessive. Non, à la réflexion, ce ressenti vient plutôt d'une tentative maladroite du Switch: celle de se faire passer pour un restaurant gastronomique de haut vol, alors qu'il pourrait plutôt s'agir d'une honnête maison de bouche sans prétention. Pourquoi mentionner du Joël Robuchon et du Pata Negra, et passer sous silence l'excellent Comus & Gasterea, au nom tout aussi digne d'intérêt, mais nettement moins bling-bling ? Pourquoi dérouler des intitulés kilométriques sur la carte, au lieu de se concentrer sur l'essentiel ? Pourquoi usurper des dénominations exotiques - comme ceviche - pour proposer en fait un simple tartare, fort bon et original au demeurant ? La réponse est sans doute à chercher dans l'image et le paraître. Deux éléments qui, quand ils passent avant la passion, riment rarement avec moment d'exception.

Verdict:
Dans l'assiette et le verre:   7,5 / 10
Côté service et accueil:   6,5 / 10
Pour le cadre et l'ambiance:   6 / 10
En pratique:
Adresse: Rue de Flandre 6, Bruxelles (1000)
Transports en commun: Métro lignes 1 & 5 / Arrêt Sainte-Catherine
Site web: www.switchrestofood.be
Téléphone : 02/503.14.80

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2 Commentaires


  • laurence

    Il y a quelques années, c’était top ! Le chef y était pour beaucoup : « Jacques-Olivier Charles » mais maintenant c’est toujours bon mais plus aussi bien :)
    Par contre, Jacques-Olivier Charles a ouvert le delicatessen restaurant … c’est génialissime !

  • Tu n’es pas la première à m’en parler, à tester prochainement donc ! ;)

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