Les labels: le bio

Vous le savez: chez Foodtales, entre deux récits de grandes tables et trois photos de petits plats pas dégueu, on aime aussi aborder des sujets de fond. Parce que finalement, si la gastronomie c'est tout sauf ennuyeux, la bouffe, c'est aussi une affaire très sérieuse. Speaking of which, dans notre série d'articles consacrés aux labels, en voici un que vous attendiez: attention, ce billet est vert, ce billet sent bon la nature sauvage, le fleurs des champs et les petits oiseaux qui gazouillent... Relaxez-vous et respirez à plein poumons, car nous allons parler Bio.

Aaaaaaah, LE BIO ! Formidable système annonciateur d'un monde magique, d'agriculture et d'élevages respectueux de la nature, précurseur d'une révolution qui allait enfin permettre à l'humanité de s'affranchir des affres des pesticides et autres produits chimiques, et de fonctionner en toute harmonie avec son milieu.

Mouais.

Près d'un siècle après l'invention du concept, on peut dire sans trop se gourer que l'idée est loin d'avoir tenu toutes ses promesses.

En même temps, fallait pas trop se leurrer: l'écologie, les entreprises aiment bien ça, mais certainement pas autant que des revenus réguliers et des parts de marché en croissance. Donc tant qu'à faire, on veut bien se soucier - un peu - de la planète, mais à condition que ça nous rapporte du pognon (beaucoup, de préférence). Et oui du coup, les labels bio courent le risque de se heurter aux mêmes écueils que les labels de qualité: conflits d'intérêt, critères pas toujours super transparents, arguments marketing plutôt qu'écologiques, la liste est longue. Pourtant, comme on va le voir, les cahiers des charges officiels sont souvent moins contraignants que ceux des labels privés. La raison en est assez simple: il existe une législation standardisée pour l’appellation bio, ce qui n'est pas le cas pour la qualité. En matière de bio, les producteurs n'ont donc pas vraiment d'autres choix que de se plier - au moins - à la réglementation, et d'aller plus loin s'ils le souhaitent.

IMG-5568L'agriculture biologique est fréquemment associée à d'autres valeurs perçues comme positives dans notre société: souçi du bien-être animal, biodiversité, etc... En réalité, l'agriculture biologique n'englobe pas forcément ces concepts, puisqu'elle se caractérise essentiellement par un refus du recours aux produits chimiques de synthèse. Simple, clair et précis. Mais afin d'atteindre cet objectif, on pourra par exemple avoir tendance à sélectionner des espèces plus résistantes aux maladies et aux insectes, peut-être au détriment de la biodiversité. De même, comme nous le verrons, Bio ne veut pas forcément dire Garanti sans OGM.

Quoiqu'il en soit, les cahiers des charges des différents labels bio contiennent généralement:

  • des critères relatifs aux cultures végétales: on va par exemple imposer la polyculture - plusieurs espèces cultivées en parallèle - ce qui permet de renforcer les synergies entre celles-ci et de réduire les besoins en pesticides.
  • des critères relatifs à la gestion des mauvaises herbes et autres organismes "nuisibles": ici clairement, on va interdire l'utilisation de pesticides et d'engrais synthétiques, et favoriser des méthodes de suppression naturelles.
  • des critères relatifs à l'élevage animal: c'est essentiellement l'alimentation - issue de cultures biologiques - et l'utilisation de produits vétérinaires qui sont réglementés. Le bien-être animal n'est donc pas forcément un critère, même si généralement, les fermes d'agriculture biologiques offrent aux animaux de meilleures conditions d'élevage que les exploitations conventionnelles.

En général, le rendement de l'agriculture biologique est moins élevé que celui de l'agriculture dite "conventionnelle"; mais de récentes études tendent à prouver que le décalage est plus faible que ce que l'on pensait, avec un écart de moins de 10%. La recherche dans le domaine continue, et il est donc probable que la part du bio dans notre alimentation continue à grandir avec le temps.

Ce contexte posé, intéressons nous plus précisément aux labels bio, ceux qui vont - en principe - vous permettre de distinguer une pomme cultivée avec amour, respect, et sans produits chimiques, de la pomme Tricatel dont le taux d'hormones n'aurait rien à envier à celui d'une gymnaste est-allemande enceinte de triplés. C'est donc parti pour un aperçu des principaux labels que vous pourriez croiser en Europe francophone. Pour rappel et comme nous l'avons vu dans un précédent article, en matière d'alimentation, le terme "label" est en principe réservé aux sigles officiels. Ici, pour des raisons de flemme facilité, on utilisera le mot label de manière générique, en précisant à chaque fois s'il est officiel ou privé.

EU_Organic_LogoLabel bio de l'Union européenne - un label officiel dont la première version remonte à 1992, et dont un produit doit obligatoirement être porteur pour pouvoir utiliser le mot "bio". Pour la petite histoire, c'est suite à sa mise en oeuvre qu'un célèbre yaourt dut changer de nom, puisqu'il ne s'agissait absolument pas d'un produit issu de l'agriculture biologique. Ce label a soulevé un certain nombre de critiques puisqu'il est moins restrictif que beaucoup de réglementations nationales. En théorie, le label interdit par exemple l'utilisation d'OGM mais le cahier des charges ne comporte aucun critère spécifique à ce sujet: c'est donc le seuil en vigueur dans l'agriculture conventionnelle (0,9%) qui est d'application, taux au-delà duquel un produit doit explicitement mentionner la présence d'OGM et sera de facto privé de label bio. Précisons également que ce label et sa réglementation ne s'appliquent qu'aux aliments produits à l'intérieur de l'Union européenne: les produits bio importés ne sont donc pas concernés, bien que des normes d'équivalence soient en cours d'élaboration. A noter enfin que compte tenu de la forte progression du secteur du bio dans les dernières années, les instances de l'union européenne travaillent actuellement à une révision de la réglementation. Comme on dirait dans le journal de 20H: affaire à suivre.

celebrity cocktail dressesAB - Il s'agit du label officiel français, créé en 1985 et détenu par le Ministère français de l'agriculture. Il s'est aligné en 2009 sur le label bio de l'Union européenne, qui est globalement moins contraignant (cfr. ci-dessous). En réalité, la France n'a pas eu vraiment le choix puisque, pour des questions d'harmonisation, les réglementations nationales ne peuvent imposer aux produits bio de critères plus stricts que ceux du label bio européen. Seuls les labels privés gardent donc cette possibilité.

Logo_nature_progresNature & Progrès - Fondé en 1964, il s'agit d'un label privé international qui s'applique autant à l'agriculture qu'à des cosmétiques. Particularité: son cahier des charges, assez contraignant, a été établi par un regroupement de producteurs et de consommateurs. Cette coopération se retrouve également au niveau des comités qui octroient le label. Ce principe de fonctionnement, qui se nomme système de garantie participatif, permet en principe un contrôle citoyen à toutes les étapes de la labellisation. Un atout supplémentaire pour un label qui n'est pas officiel.

logo_knospe_4Le Bourgeon - c'est un label privé suisse d'agriculture biologique. Le cahier des charges ne reprend pas directement les mêmes critères que le label bio de l'U.E., mais va plus loin et est même considéré comme l'un des plus stricts d'Europe. Ainsi, outre l'interdiction de recours aux engrais de synthèse et aux OGM, toute une série d'additifs (colorants, conservateurs,...) sont bannis des produits labellisés Bourgeon.

biogarantieBiogarantie - il s'agit d'un label privé belge. Il impose un cahier des charges complémentaire à celui du label bio de l'union européenne, en couvrant certains aspects non pris en charge par ce dernier, par exemple en matière de restauration collective, de cosmétiques ou de produits d'entretien.

Demeter_LogoDemeter - le label Demeter a ceci de particulier qu'il certifie des produits issus de l'agriculture biodynamique. Il remplit toutes les conditions du cahier des charges du label bio de l'Union européenne. Dans les faits, le biodynamisme promeut une approche spirituelle, voire ésotérique, de l'agriculture: le but étant de voir toute ferme ou toute unité de production agricole comme un organisme vivant, et de le traiter comme tel. L'emploi de préparations naturelles visant à activer les forces telluriques, et la prise en considération des phases de la lune et de l'alignement planétaire constituent les principales différences avec la "simple" agriculture biologique. Evidemment expliqué comme ça, ça fait un peu Secte des fermiers cosmiques. Mais dans le pire des cas, c'est juste inoffensif; plus en tout cas que l'agriculture à la sauce Monsanto.

Globalement, on retiendra donc que le Label bio de l'Union européenne constitue la base réglementaire, mais que son cahier des charges est assez léger. D'autres labels - officiels ou privés - peuvent s'y adjoindre et viennent renforcer les garanties dont bénéficie le consommateur: outre les principaux que nous avons évoqué ici, il en existe d'autres, moins répandus mais pas forcément moins contraignants; pour ceux d'entre vous qui souhaiteraient aller plus loin, le site EcoSapiens a publié un guide très complet sur le sujet. A noter que leur liste ne se limite pas au bio mais regroupe également des labels liés à l'écologie, l'économie responsable ou le commerce équitable.

Pour conclure, et comme souvent en matière d'alimentation, le bio est un sujet complexe sur lequel il n'est pas toujours simple de se tenir informé. Mais les ressources ne manquent pas (Foodtales FTW !) et cela reste notre responsabilité individuelle de consommateur de se questionner sur ce que nous avons dans notre assiette.

A part bien sûr, si la perspective de vous nourrir un jour de bouillies nutritives insipides et de petites gélules vous enchante.

Mais j'ai comme un doute.

Une réaction, peut-être ?

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Un commentaire


  • Maud B

    Salut Laurent!
    A quand une chronique sur les omégas 3 et l’alimentation IN?

    Bises
    Maud :o)

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